Crise de leadership

Trois événements communautaires arméniens ont eu lieu en février dernier en France censés être des indicateurs de la vitalité de la communauté en France. Pourtant, au contraire, ils ont démontré l'état déplorable de ses organes représentatifs. Malheureusement, la situation de la communauté arménienne en France reflète celle de la diaspora et de la nation dans son ensemble.

La semaine dernière a été une semaine mouvementée pour la communauté arménienne de France. Trois événements importants ont eu lieu. Le premier était le dîner annuel du CCAF avec la participation prévue du président Macron, le second était l’élection du Primat diocésain et le troisième était la visite en France du Haut-Commissaire aux Affaires de la Diaspora d’Arménie, Zareh Sinanian. Trois événements censés être des indicateurs de la vitalité de la communauté, mais qui, au contraire, ont démontré l’état déplorable de ses organes représentatifs. Dans le cas du CCAF, cet organe responsable de la coordination des associations arméniennes de France, considère deux structures associatives comme concurrentes, et il reproche au Haut-Commissaire d’avoir coopéré avec elles.

Le bon sens – pour ne pas dire une certaine ouverture d’esprit – voudrait que le CCAF, s’il est véritablement le conseil représentatif des associations arméniennes de France, ne s’inquiète pas de voir d’autres organisations « marcher sur ses platesbandes ». D’où vient ce manque de confi ance en soi ? D’ailleurs, comment se fait-il que certaines des associations membre du CCAF, malgré sa position intransigeante, n’aient pas refusé d’accueillir le Haut-Commissaire de la Diaspora ? La position du CCAF porte atteinte à la dignité des Arméniens de France devant les autorités françaises. En rejetant un haut responsable représentant l’Arménie, l’organe censé représenter les Arméniens de France a fait défaut à sa mission d’intermédiation et de représentativité. Le CCAF s’est plaint que l’attitude du Haut-Commissaire nuit à l’unité des Arméniens. Mais est-ce que le refus de la participation du Haut-Commissaire au dîner offi ciel parrainé par le Président servirait véritablement à l’unité des Arméniens ? La position du CCAF démontre une sérieuse crise de représentativité. Mais aussi une crise d’inaction.

Il est clair que l’esprit et la nature ont horreur du vide. Il en est de même dans la vie publique. Lorsqu’un organe repréCrise de représentativité sentatif ne se préoccupe que de l’organisation de son dîner annuel et des manifestations du 24 avril, il ne peut s’opposer à d’autres organisations qui proposent des initiatives dans différents domaines, comme l’économie, la culture, l’immigration, les collectes de fonds, la presse et autres. Heureusement, l’ambassade d’Arménie a su garder une position très positive et équilibrée dans cette affaire. En tant que représentant de l’État arménien, elle aurait pu refuser de participer au dîner annuel si le Haut-Commissaire de la Diaspora n’y avait pas participé. Par les voies diplomatiques, elle aurait pu exiger des instances françaises que le HautCommissaire y participe. Dans ce cas, la disgrâce publique au niveau de l’État aurait vraiment nui à la réputation du CCAF.

En ce qui concerne les élections diocésaines, la liste des trois candidats jouissant de l’approbation du Catholicos était caractérisée par un manque de transparence. En effet, un des candidats a été écarté de la course électorale, et à sa place, un autre, complètement inopportun, a été parachuté depuis l’Arménie. Dans ce scrutin le plus grand perdant a été le Primat sortant, Vahan Hovhannessian, qui, au départ, avait vu juste en décidant de ne pas participer aux élections, mais qui sous la pression de Sa Sainteté, a fi nalement été forcé de se présenter à sa propre succession. Et malheureusement, il a subi une défaite cuisante. Pourquoi le Primat sortant a-til été forcé à se représenter ? Tout simplement pour que la candidature du père Gourgen Aghababian, qui n’était en odeur sainteté auprès le Catholicos Karekine II, ne soit pas incluse dans la liste des trois, car ce dernier a eu la modestie d’annoncer qu’il ne présenterait sa candidature que lorsque le Primat sortant aurait retiré la sienne. Nous souhaitons au nouveau Primat, le père Krikor Khatchatrian, du courage pour régir le Diocèse en toute indépendance au service de la communauté arménienne de France.

Nor Haratch N° 291
17 Février 2022

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