Un corps

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Yesterday I was busy all day with my phone calls and meetings. Just managed to be free at six in order to reply to my emails. At eight I grabbed something to eat and contacted Ani for our daily Skype meeting: We spoke.
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Lettre ouverte

Cher Hagop,

Il est quatre heures. Du matin.

Je suis allé me coucher à une heure.

Je croule sous le travail.

Hier, j’ai passé toute la journée en réunion ou en conversation au téléphone. Ce n’est qu’à six heures que j’ai pu commencer à répondre à mes courriels. A huit heures, j’ai mangé sur le pouce et ai appelé Ani, pour notre réunion quotidienne sur Skype. Nous avons discuté. De quel client avions nous reçu quelle commande, avec quel pays avions nous rencontré des soucis, la France, l’Espagne, les Etats-Unis, l’Allemagne, le travail des garçons avançait-il ? Yervand travaille sur Photoshop, c’est un artiste. Shiraz répond aux clients d’Amazon, avec courtoisie, à chacun d’entre eux dans sa langue. David s’occupe du site web ainsi que de la base de données, avec rigueur. Siranoush et Anna aident volontiers là où le besoin s’en ressent. Je suis satisfait de tous. Ils sont tous compétents. Mais plus important, ce sont des gens bien.

Il est déjà dix heures. A l’horloge d’Ani à Etchmiadzine, il est minuit. « Baron Hovel, ma pile est à plat, mon cerveau marche au ralenti. Pouvons-nous continuer demain matin ? ». A ce moment, j’entends une sonnerie de mon téléphone signalant un message, sans regarder mon téléphone, je réponds à Ani « Bien sûr. », tous deux sachant pertinemment que « demain matin » nous commencerons la même course effrénée, et que notre rencontre sera repoussée à huit heures du soir, si ce n’est neuf heures, voire jamais par manque de temps pour la pauvre Ani.

Ainsi, moi à Paris, eux en Arménie, l’un à Erevan, l’une à Etchmiadzine, un encore à Gumri, les autres je ne sais où, nous travaillons et continuons à avancer. Aujourd’hui, ceux qui n’ont pas assimilé les nouveaux moyens de communications, le monde numérique et la globalisation d’un marché de plus en plus compétitif, fussent-ils épicier à Alfortville ou joailler à Bourj Hammoud, ont déjà perdu la bataille de l’emploi et plus généralement celle de la vie..

Ani est la lumière de mes yeux. C’est mon cousin, Harout, M. Nercessian de l’AMAA qui nous a présenté, disant « Je ne sais pas ce qu’elle vaut d’un point de vue professionnel, mais c’est une bonne personne ». Ani est une bonne personne, humble, gentille, noble, dévouée et droite. Elle est également capable, d’un jugement sûr, studieuse, fiable, parle l’espagnol, le russe. C’est elle qui corrige mes lettres en anglais. Qui hier vilipendait les Hayasdantsi ? D’accord. Le cousin du voisin de quelqu’un avait fait des importations peu judicieuses, avait monté une affaire bancale, sans étudier le marché, s’était lancé dans le commerce sans prendre des précautions élémentaires. Ça suffit. Soyez justes. Ayez un peu d’intégrité intellectuelle. Même si… Il est injuste de condamner tout un peuple à cause de quelques voyous, que ces derniers soient issus de hauts postes où bien soient de simples citoyens. Bien que le nombre de ces voyous était élevé à un certain moment.

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Il est quatre heures. Du matin.

Je suis allé me coucher à une heure.

Les nouvelles de ces derniers jours …

La conversation d’hier soir…

Je ne trouve pas le sommeil. Le Catholicos a organisé une conférence , dont le sujet me préoccupe énormément « Les défis et dangers face à l’identité d’un Arménien de Diaspora ». Le Catholicos a invité plus de trente intellectuels pour étudier le sujet. Avant la fin de ma réunion avec Ani, j’ai reçu un court message sur mon téléphone d’un des participants à cette réunion « Bonjour, Hovel, à l’occasion, discutons. » J’ai appelé, nous avons discuté. Il m’a donné quelques renseignements. « La réunion se déroule très bien, parfois le débat s’échauffe. »

Il me vient à l’esprit une conversation d’Erevan. « Votre arménien occidental n’a pas la richesse de vocabulaire de notre arménien oriental ». Le sang m’est monté à la tête, j’ai failli répondre, que si l’on retirait de « votre » langue le petroushka et le pomidor, ou encore l’egran et le babga, vous alliez avoir un sérieux souci pour communiquer. D’abord « vous » devriez apprendre le ayp, pen, kim en lieu du a, beu, gueuh, et ensuite, toute considération d’orthographe mise de côté, vous devriez utiliser l’alphabet Mesrobien plutôt que ces barbares lettres latines dans vos courriels. Ils expliquent qu’ils n’ont pas cette possibilité. Ce qu’ils peuvent est écrire le « ե » en « e », le « խ » ou « ղ » en « x », le « ը » en @. Par exemple : « neroxutyn em x@ndrum vor anhang@stacnum em Dzez. bayc ayl elq chunem». Essaie d’y comprendre quelque chose si tu y arrives.

Bien entendu, je n’ai rien dit. Cet homme avait en partie raison. Dans certains établissements de formations professionnelles, ou dans les filières scientifiques, ils ont créé de nouveaux mots relatifs aux technologies récentes, que l’arménien occidental n’a pas encore inventé, ou plus précisément, n’a pas encore admis ce que la mère patrie a inventé. Ils appellent l’@ un chiot (shnig). Quelle jolie image. Comme s’ils avaient mis la laisse de @ autour du cou du chiot. Même si le mot est dérivé du mot russe, pourquoi ne devrions-nous même pas utiliser le mot shnig en place de @ (at). Plus important, nous devons insister sur la richesse de la prononciation, la différente entre « թ » et « դ », « գ » et « ք ».

Vram, négociant respecté de diamant, m’appelle d’Erevan. Vram était auparavant historien, enseignant au collège l’Institut Philanthropique(Martasiragan Djemaran) de Calcutta, et avait soudainement dégringolé au niveau d’un marchand. De sa « vie passée », il a gardé une âme d’intellectuel et un noble esprit ; au cours de notre dernière rencontre à

l’Exposition des Joailliers à Hong-Kong, il s’était absenté en pleine journée, laissant derrière lui son stand, pour aller fleurir la tombe de Lord Paul Khachig Chater. Le soir, durant le diner, il nous exposa les difficultés qu’il avait eues à trouver la tombe de ce bienfaiteur, et ému, nous raconta dans quel délabrement il avait trouvé cette pierre tombale, à l’abandon, sur laquelle on ne pouvait même plus lire le nom de l’homme. Le lendemain il partit muni de chiffons, brosses, peintures et pinceaux et, avec l’aide de deux personnes, remit la pierre tombale sur pied et en repeignit les lettres. Y-a-t-il des gens comme lui ? Il y en a, et encore plus en Arménie.

Lord Paul Khachig Chater, né en 1846, est connu comme un des architectes de la création du « joyaux » de l’empire britannique et comme « le prince de Hong-Kong ». Orphelin à huit ans et parti de rien jusqu’à être à la tête d’un empire industriel, ses œuvres de bienfaisance tiennent debout encore aujourd’hui dans son Calcutta natal, où siègent l’église arménienne de Saint Nazareth ainsi que le collège arménien.

Au-delà de de la ville de D’Etchmiadzine, Lord Chater a également œuvré pour l’école La Martinière qu’il a fréquentée, où aujourd’hui encore les élèves commencent leur journée par un hymne ; un hymne adressé à l’entrepreneur oublié dans sa propre patrie et qui commence par la ligne suivante « Nous te remercions, Paul Chater, notre bienfaiteur… ». Et nous ? Sommes-nous des gardiens responsables des tombes de nos aïeux dans des villes laissées derrières nous ? Et évaluons-nous le spirituel au-delà du matériel ?

Où en étais-je ? Ah oui, Vram a appelé et me dit « J’ai lu ton dernier article, j’ai aimé la beauté et la finesse de l’arménien occidental, j’ai apprécié la délicatesse des mots ».

Il existe encore des gens comme lui. Il y en a encore plus en Arménie.

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Je ne trouve pas le sommeil.

J’ouvre mon ordinateur.

Je regarde votre photo de groupe.

Ça fait longtemps que nous ne sommes pas vus. Au premier rang, premier en partant de la gauche, fermement campé sur tes jambes, tu n’as pas changé. Au deuxième rang je remarque ce cher Antranig, souriant. « Atchin Vartan@, Tsakhin Iskhan@ », entouré ainsi de si bonnes personnes, pourquoi ne sourirait-il pas ? Je remarque mon cher Shahan, du journal« Aztag ».Je ne vois pas Sevag, il doit surement être en déplacement. Je n’ai pas rencontré Mme Yepremian du journal« Ararad ». Est-elle parmi ces gens ?

Je me demande pourquoi vous ne vous êtes pas réunis à Antelias ? Ah oui, Bikfaya est la résidence d’été de Catholicosat, il doit faire bon là-bas en cette saison. Mais tellement loin du peuple et des nouveaux centres de gravité de la Diaspora, Moscou, Los Angeles, Paris ; je me demande si la Main Droite de Saint Gregoire l’Illuminateur, qui a migré depuis le quatrième siècle de Tvin, à Ani, à Van, à Sis, finalement à Antelias en passant par d’autres villes, si la Main Droite de Saint Gregoire l’Illuminateur et son Trône devraient encore emménager pour être plus près du peuple.

Non, ce n’est pas important. Avec les moyens de communication actuels, l’informatisation, la globalisation, le lieu n’a pas d’importance. Il est plus important de comprendre la pan-Diaspora et de voir le monde via les perspectives des différentes communautés de la Diaspora. Appréhender chacune de ces perspectives, en prenant en compte les particularités linguistiques, géographiques, conceptuelles et générationnelles de tous. Dans votre photo de sages, au fond, saute aux yeux deux ravissantes jeunes filles qui font partie de la minorité des trois ou quatre personnes du groupe de moins de cinquante ans.

« Asdvadz oknagan, votre Sainteté, Je salue l’initiative de la Grande Maison de Cilicie d’avoir organiser cette réunion. Je vous félicite et vous remercie d’avoir réuni tant d’illustres personnes autour de vous. Que Dieu fasse pousser et prospérer cette graine que vous avez plantée. Je prie pour que votre inquiétude légitime dépasse l’horizon de l’Orient et arrive jusque nous, que votre blanc manteau se répande jusqu’aux rives d’Occident. Sur les rives d’Occident nous avons nous aussi de brillants jeunes gens, qui se comptent sur les doigts d’une main, comme le Kraparapan Shahan Vidal,le journaliste Tigran Yevagian, le très talentueux Vahan Kerovpian,des jeunes qui peuvent ouvrir de nouvelles fenêtres.

Que les honorables défenseurs de la cause du peuple assemblés autour de vous voient la lumière qui entrent de ces fenêtres, et s’en inspirent. Qu’au-delà d’examiner les problèmes, nous voyons ces vibrants exemples de la défense de la cause arménienne, les solutions efficaces, et les appliquons. Vite, le temps presse. Nous fondons telle de la neige au soleil. »

Chers participants de la réunion de Bikfaya, je suis tout comme vous inquiet à propos du peuple arménien, de son avenir. Il faut prendre le train du progrès des communications et des connaissances. Comprendre ce qu’est l’intelligence artificielle. Faire progresser nos moyens de communications, faire évoluer les contenus arméniens sur Wikipédia et YouTube, élaborer les programmes d’éducation des MOOC, sinon comment voulez-vous que nous atteignions 98% des Arméniens occidentaux, pour lesquels l’école arménienne n’est pas accessible.

Mes inquiétudes sont sans fins. Il existe de nouvelles et petites communautés à Nantes, à Rotterdam, à, Barcelone. Il y a à Krasnodar50 000 Arméniens, qui n’ont accès à aucune école ou église arménienne, où les Arméniens baptisent leurs nouveaux nés à l’église « sœur » Orthodoxe de Russie.

« Votre Sainteté Catholicos de tous les Arméniens, Asdvadz oknagan,

Je vous prie, recommandez aux membres de votre paroisse de patienter jusqu’aux vacances d’été, et leurs prochaines vacances à la mère patrie, pour faire baptiser leurs enfants dans la Sainte Eglise arménienne.

Je vous prie, expliquez aux membres de votre paroisse, expliquez-leur précisément, laquelle de l’église orthodoxe russe ou des églises « filles » arméniennes est la nôtre, la harazad.

Je vous prie de les mettre en garde, que les hommes des églises catholiques et évangéliques arméniennes sont les nôtres plus que ceux d’une église étrangère, iconoclaste, brulant de l’encens, qui avec leurs barbes et leurs soutanes peuvent paraître plus familiers, qui cependant enlèvent nos enfants, ceux de votre paroisse, à l’aide du sceau du baptême étranger.

Catholicos de tous les Arméniens, que les sages conseils, vos bénédictions paternelles et votre amour chrétien descendent sur tous les arméniens, et se répandent au-delà, mais comme l’apôtre écrit « d’abord sur vos compatriotes, et ensuite sur les étrangers ».

Mon cher, de nos jours, tout ce qui est moderne est précieux.

L’appareil photo et l’ordinateur,

Les meubles et les vêtements

La façon de penser et de se comporter

Les valeurs et l’éthique

Nous plions l’ancien et le rangeons,

Du placard, au grenier, à la poubelle

Nous jetons l’ancien et le brûlons

Nous brûlons, le vert et le sec mélangé

Nous jetons les meubles anciens et gardons ceux d’IKEA

Nous jetons le crayon et le papier et gardons le clavier

Nous jetons la cuisine mais gardons les fast-foods

Nous jetons les relations mais gardons les SMS

Nous jetons les valeurs familiales mais gardons le libertinage

Nous jetons le classique mais gardons le moderne

Mon cher, de nos jours, tout ce qui est moderne est précieux.

Aux délégués de Bikfaya, j’avais un sujet que je souhaitais mettre sur votre table. En tant que peuple, allons-nous avoir une langue à deux branches mais une orthographe ?

Qui décidera ? Ne serait-il pas juste que l’écriture classique, historique, fondatrice, Mesropienne, soit la seule ? Les Juifs (encore eux ?), ont pris la décision courageuse et déterminée au début du siècle dernier de remplacer leur langue moderne, le Yiddish, par l’Hébreu classique. Ils ont ressuscité une langue morte.

Aujourd’hui, la standardisation d’une orthographe unique a une importance stratégique. Au-delà des considérations esthétique ou linguistique, la protection et la sauvegarde de l’arménien occidental sont un enjeu primordial et stratégique.

Qui décidera ? Des hommes politiques ou bien des intellectuels visionnaires tels que vous ?

Je vous prie d’arriver à une conclusion avant la prochaine réunion.

Pères spiritueux, grands prêtres, qui d’autres que vous deux peut être habilité à prendre une telle décision ? Si une des deux branches de notre arbre venait à, n’en déplaise à Dieu, sécher, l’autre branche serait en danger, si ce n’est l’arbre lui-même.


« La réunion se déroule très bien, parfois le débat s’échauffe. »

 Mes chers frères, participants de Bikfaya et estimés absents de cette réunion, je vous prie de vous unir en un corps.

« Car, comme nous avons plusieurs membres dans un seul corps, et que tous les membres n'ont pas la même fonction, et nous sommes tous membres les uns des autres » *.  

L’Hayasdantsi et celui de la diaspora,

L’occidental et l’oriental,

L’église d’Etchmiadzine et l’église d’Antelias

Les membres du Tashnag, de Ramgavar ou de Henchag

L’église Evangélique, Catholique et Apostolique

Ceux de Polis, du Liban et d’Iran

Et encore les démocrates, les républicains, les pro-atlantistes et les pro-Poutinistes.

 « Je vous exhorte donc, frères, par les compassions de Dieu, ne soyez pas sages à vos propres yeux mais soyez pleins d'affection les uns pour les autres ; quant à l'honneur, étant les premiers à le rendre aux autres ; ayant, les uns envers les autres, un même sentiment ; ne rendant à personne mal pour mal ; vous proposant ce qui est honnête devant tous les hommes. » *

Je souhaite que l’étincelle allumée par le Catholicos se répande et illumine les confins du monde.

Je souhaite aux délégués de Bikfaya "autant de foi qu’un grain de moutarde"**, qu’ils puisent bouger les montagnes.

Tout ceci comme un seul corps, armé d’un excellent amour, qui est la première de valeurs spirituelles.

* 1 Corinthiens 12, Romains 12

** Luke 17:6

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